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La communauté franco-yukonnaise
Quelques pionniers franco-yukonnais
Les francophones font partie intégrante de l'histoire du Yukon depuis l'arrivée des premiers Européens. Qu'ils aient été prospecteurs, pionniers du Klondike, politiciens, entrepreneurs, trappeurs, aventuriers ou religieux, ils ont laissé leur nom et beaucoup plus. Découvrez quelques-uns de ces personnages fascinants.
Pour découvrir ou en apprendre plus sur l'histoire des francophones du Yukon, vous pouvez vous procurer plusieurs publications historiques au Centre de la francophonie.
Publications historiques
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François-Xavier Mercier
 François-Xavier Mercier
Le roi du commerce des fourrures dans le Nord : portrait d'un coureur des bois
MERCIER, François-Xavier--Il est né en 1838 à Saint-Paul l'Ermite, petite ville située au nord-est de Montréal. Sa famille est connue puisqu'elle compte parmi ses cousins Honoré Mercier, premier ministre de la province de Québec de 1887 à 1891, et Joseph Royal, lieutenant gouverneur des Territoires du Nord-Ouest de 1888 à 1893. Le frère de François-Xavier, Moïse Mercier, a lui aussi travaillé dans le Nord comme commerçant de fourrures (F. X. MERCIER. Recollection of the Youkon, p. xii.).
François-Xavier Mercier quitte la maison à l'âge de 18 ans et travaille dans le commerce des fourrures aux États-Unis. En 1866, il revient au Canada où il passe deux ans à l'emploi de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il part ensuite pour San Francisco où il fonde la Pioneers Company avec un compagnon américain. En juin 1868, les deux hommes se rendent à St. Michael, Alaska. Ils y fondent le comptoir commercial de Noukelakayet. Leur entreprise ne survit qu'une année. Dès 1869, Mercier se joint à la Hutchinson, Kohl and Company, qui prendra peu de temps après le nom de Alaska Commercial Company. Il en devient l'agent général (C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 32.). À partir de St. Michael, il supervise l'établissement de comptoirs commerciaux au Yukon et en assure l'approvisionnement avec seulement un petit bateau à vapeur, le Yukon. Mercier est alors le premier à amener du ravitaillement par l'embouchure du fleuve Yukon plutôt que par la difficile route Mackenzie-Porcupine (M. WEBB, Yukon: The Last Frontier, p. 56-58.).
Pendant l'été de 1874, il fonde, avec Jack McQuesten, Fort Reliance, le premier comptoir commercial dans la région qui va devenir le Klondike (K. S. COATES et W. R. MORRISON, Land of the Midnight Sun: A History of the Yukon, p. 48.). Ce poste, situé à environ six milles de l'emplacement actuel de Dawson, avait été choisi par Mercier puisqu'il raccourcissait la distance que les autochtones avaient à parcourir pour vendre leurs fourrures (M. WEBB, Yukon: The Last Frontier, p. 61.). Dans son journal, Mercier écrit que son choix d'emplacement a permis la découverte de plusieurs gisements d'or puisque les mineurs avaient tendance à ne pas trop s'éloigner des postes de ravitaillement lorsqu'ils prospectaient (F. X. MERCIER, Recollection of the Youkon, p. 12.).
François-Xavier Mercier est décrit comme le roi du commerce des fourrures dans le Nord. Il a consacré en effet dix-sept ans de sa vie à cette activité (1868 à 1885). Avec sa stature de géant, son dynamisme et sa perspicacité, Mercier inspirait le respect (M. WEBB, « The Yukon and its History », Alaska Geographic : The Middle Yukon River, vol. 17, n° 3, 1990, p. 17.). Il a su gagner la confiance des commerçants indépendants et celle des Premières nations (M. WEBB, Yukon: The Last Frontier, p. 56-58.).
Il est également responsable de la venue des premiers missionnaires catholiques dans le territoire. En effet, au début des années 1870, il écrit à sa famille leur disant qu'il devrait y avoir des prêtres catholiques dans la région. La famille de Mercier transmet alors sa requête à la maison mère des oblats à Montréal. Un peu plus tard, monseigneur Clut et le père Lecorre s'engagent dans une expédition sur le fleuve Yukon qui les mènent jusqu'à Fort Yukon (F. GUAY, « Mémoires de François Xavier-Mercier », L'Aurore boréale (Whitehorse), 18 décembre 1987, p. 8.).
En 1885, alors que le commerce des fourrures commence à céder la place à la prospection minière, Mercier quitte le territoire pour établir sa résidence à Montréal. Il voyage aux États-Unis et en France où il fait une présentation devant la Société géographique de Paris. C'est d'ailleurs au nom de cette société qu'il fait un voyage de l'Alaska à la Sibérie en passant par le détroit de Bering (J. M. ANTONSON, « St. Michael: Alaska's Western Crossroads », Alaska Geographic: The Lower Yukon River, vol. 17, n° 4, 1991, p. 37.).
Mercier est mort d'une crise cardiaque le 4 janvier 1906 à sa demeure de la rue Saint-Denis, à Montréal. Il avait alors 68 ans (C. GIRARD ET R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 32, 46; F. GUAY. « Mémoires de François-Xavier Mercier », L'Aurore boréale (Whitehorse), 20 novembre 1987, p. 6.).
François Buteau
Le prospecteur canadien-français type
BUTEAU, François (Frank)--Né au Québec le 29 juillet 1856, il quitte sa province à l'âge de 21 ans (F. BUTEAU, « My Experiences in the World », Sourdough Sagas, p. 93.). Il a suivi le modèle classique d'expatriation du Canadien français.
L'exode vers les États-Unis a été l'événement majeur de l'histoire canadienne-française au XIXe siècle (M. POTEET. Textes de l'exode, p. 21.). Au Québec, le réseau colonisé ne suffit plus à contenir la population croissante. Les terres en régions éloignées sont souvent mauvaises et rapportent peu. Dans les villes, l'industrialisation commence lentement à se développer; les salaires sont très bas. Il ne reste plus aux familles qu'à immigrer pour chercher du travail et une rémunération décente (CORNELL et al. Canada, unité et diversité, p. 373-375.). Des centaines de milliers de personnes partent vers les États-Unis. Cependant, le travail en usine ne satisfait pas leurs rêves de fortune. Les diverses ruées vers l'or aux États-Unis et dans l'ouest du Canada offrent de nouveaux espoirs et attirent bien des Franco-Américains. N'ayant rien à perdre, ils sont prêts à tout.
Ayant travaillé ici et là aux États-Unis, Buteau aboutit au Yukon avec 21 compagnons en janvier 1886. Après avoir traversé le col Chilkoot, ils descendent le fleuve Yukon jusqu'à Fortymile. Buteau a alors une trentaine d'années. L'auteur Michael Gates le décrit ainsi : petit homme nerveux au teint basané avec une moustache et des sourcils épais et foncés. Avec deux compagnons canadiens-français, Louis Cotey et French Joe, il bâtit une cabane rudimentaire sur une petite île, située à environ un mille de l'embouchure de la rivière Fortymile. L'endroit a été nommé « l'Île-des-Seize-Menteurs » à cause des talents de conteurs des seize hommes qui y ont passé l'hiver 1886-1887, entassés dans trois petites cabanes. Avec cette poignée de prospecteurs, dont Buteau faisait partie, le village minier de Fortymile naissait -- isolé, sans confort ni provisions.
La cabane de Buteau et de ses compagnons était tellement froide, faute de poêle à bois, que le bloc de glace utilisé comme fenêtre est resté intact, sans fondre, pendant tout l'hiver. C'était également un hiver sombre puisque la maisonnée ne disposait que de six chandelles. C'était un hiver où la survie dépendait du gibier chassé et du bois trouvé (M. GATES. Gold at Fortymile Creek: Early Days in the Yukon, p. 35, 36.). Heureusement, l'été apporte des récompenses : Buteau prospecte dans la région et trouve de l'or pour une valeur de 3 000 $ (F. BUTEAU, « My Experiences in the World », Sourdough Sagas, p. 96.).
L'hiver suivant, Frank Buteau et John Nelson s'improvisent forgerons pour répondre à la demande des mineurs de la région. Avant que Joe Ladue ne revienne avec l'acier et le borax nécessaires à l'accomplissement de leurs tâches, ils doivent faire preuve de beaucoup d'imagination pour réparer les pioches usées des prospecteurs (M. GATES, Gold at Fortymile Creek: Early Days in the Yukon, p. 49.). En 1889, Buteau et ses associés ont été parmi les premiers au Yukon à utiliser la méthode hydraulique. Ils ont mis ce procédé à l'oeuvre pour exploiter leur concession sur Franklin Gulch (MAYO HISTORICAL SOCIETY,Gold and Galena, p. 413.).
En juillet 1890, Buteau se marie (F. BUTEAU, « My Experiences in the World », Sourdough Sagas, p. 104.). En mars 1893, il revient au Yukon après un voyage hors du territoire. Pendant la traversée de la piste Chilkoot, le groupe dont il fait partie (Buteau, Corbeil, Laroche et François Roy) fait preuve d'ingéniosité. Ils installent une voile à leur traîneau pour accélérer dans les descentes et des patins pour faciliter la traversée des lacs (AFY, R. LAROCHE, Notes de recherche, dossier : Explorateurs.).
En décembre 1898, Buteau achète des terrains à Klondike City (Archives du Yukon, Yukon Government Records, YRG 1, Central Registry Files, Series 8, vol. 2079, [Crown Timber & Land Agent Office, Ledger 1894-1927], p. 11, 19, 21.). Il était membre de l'Ordre des pionniers du Yukon (Archives du Yukon, R. C. COUTTS, n° acc. 78/69, MSS 79, f 16 : [A Census of Yukon Pioneers].). Ses mémoires ont été publiés dans le recueil Sourdough Sagas (C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 40.). En 1920, il vivait à Fairbanks, Alaska, avec sa soeur. Il est décédé en 1930 (F. BUTEAU, « My Experiences in the World », Sourdough Sagas, p. 93.).
Joseph Juneau
Joseph Juneau
Un nom bien connu, un homme qui l'est moins
JUNEAU, Joseph--La capitale de l'Alaska porte aujourd'hui le nom de ce prospecteur d'origine canadienne-française. Joseph Juneau est né à Saint-Paul-L'Hermite, au Québec, et a émigré au Wisconsin (É.-U.) alors qu'il était encore enfant. Il est le neveu de Salomon Juneau, pionnier, qui a fondé la ville de Milwaukee, aux États-Unis (E. L. MARTINSEN. Trail to the North Star Gold, p. 15; R. A.UZIAS-TURENNE. Voyages aux mines d'or : le Klondike, p. 210.).
Jos Juneau a suivi les diverses ruées vers l'or. Après avoir tenté sa chance dans les champs aurifères de la Californie, puis dans la région de Cassiar (Colombie-Britannique), il trouve de l'or, avec son partenaire Dick Harris, dans la péninsule de l'Alaska (J. W. PHILLIPS. Alaska-Yukon Place Names, p. 68.). Leur découverte, la première de cette importance en Alaska, a eu lieu le 3 octobre 1880 dans un ruisseau situé tout près du site actuel de Juneau. Ils ont nommé ce cours d'eau Gold Creek. Les deux hommes ont délimité leurs concessions; puis, le 18 octobre, ils ont établi un emplacement de 160 acres pour la future ville, que Harris nomme alors Harrisburg. Juneau et Harris rentrent ensuite à Sitka pour répandre la bonne nouvelle. En peu de temps, les terrains et les concessions autour du ruisseau Gold grouillent d'activité.
Le 14 décembre 1881, une assemblée de mineurs décide de mettre fin à la confusion qui règne alors autour du nom de la ville; ils votent pour le nom de Juneau. On raconte que Jos Juneau était toujours prêt à payer des verres aux mineurs et que c'est ainsi qu'il aurait gagné leur sympathie. La gloire et la fortune ne durent pas très longtemps pour ce découvreur. En vrai prospecteur, il dépense tout en peu de temps. Vers 1894, il part vers les champs aurifères de Circle City, en Alaska, puis vers ceux du Klondike (S. SIMPSON, « From Bonanza Until the Lights go Out », Alaska Geographic: Juneau, vol. 17, n° 2, 1990, p. 18, 20, 22, 32.). En 1899, Juneau tenait un petit restaurant à Dawson. Il espérait ainsi amasser assez d'argent pour financer un groupe de prospecteurs (J. W. PHILLIPS. Alaska-Yukon Place Names, p. 69.). Il est mort d'une pneumonie à Dawson au printemps de 1899 (S. SIMPSON, « From Bonanza Until the Lights go Out », Alaska Geographic: Juneau, vol. 17, n° 2, 1990, p. 32.).
Émilie Fortin (Tremblay)
Émilie Fortin (Tremblay)
Cette héroïne du Nord est née le 4 janvier 1872 à Saint-Joseph-d'Alma, au Québec. Lorsque Émilie a quinze ans, sa famille émigre à Cohoes, New York (É.-U.). Elle y rencontre Nolasque Tremblay, qu'elle épouse le 11 décembre 1893. Le 16 juin 1894, après un voyage de noces de 5 000 milles truffé d'événements cocasses, Émilie arrive à Fortymile, au Yukon. Elle devient alors la première femme blanche à avoir traversé le col Chilkoot.
Le couple passe un hiver à Miller Creek dans une petite cabane en rondins, recouverte d'un toit de terre avec une fenêtre faite de bouteilles de verre. Cette année-là, elle envoie des invitations sur écorce de bouleau à tous les mineurs de la région pour les inviter à partager le repas de Noël. Au menu : lapin farci, rôti de caribou, haricots bruns bouillis, sardines du roi Oscar, pommes de terre évaporées, beurre et pain « sourdough », pouding aux prunes.
Au printemps, Émilie et son mari font un jardin sur le toit de leur cabane et récoltent radis et laitue à profusion. De l'automne 1895 au printemps 1898, les Tremblay rendent visite à leurs familles aux États-Unis et au Québec. Ils reviennent par la piste Chilkoot en pleine ruée vers l'or. En 1906, ils feront un voyage de quatre mois en Europe. Jusqu'en 1913, M. et Mme Tremblay se promènent d'un emplacement minier à un autre dans le Klondike. À la suite de difficultés financières, Émilie et Nolasque viennent s'établir à Dawson. Elle y ouvre un magasin de vêtements pour dames. Ce magasin est aujourd'hui un bâtiment historique dans la ville de Dawson.
Émilie Tremblay était une femme très courageuse qui s'est distinguée par son engagement social et son dévouement pour les autres. Elle a été la fondatrice des Ladies of the Golden North, la présidente du Yukon Women Pioneers et membre à vie des Daughter's of the Empire. Les nombreuses médailles qu'elle a reçues pour ses bonnes actions et quelques-uns de ses souvenirs ont été remis au musée du Saguenay, au Québec. Elle a été marraine de 25 enfants en plus d'élever une de ses nièces des États-Unis, fille de sa soeur demeurée veuve avec neuf enfants. Elle a emmenée la jeune fille au Yukon à son retour d'Europe. La maison des Tremblay était toujours ouverte aux voyageurs, aux missionnaires et aux veuves. Monseigneur Bunoz appelait Émilie la « mère des missionnaires du Klondike ». Durant la guerre, elle a tricoté 263 paires de chaussettes pour les soldats, sans compter toutes celles qu'elle a offertes en cadeau.
Un an après la mort de son mari en 1935, elle rend visite à sa parenté et à ses amis du Québec et des États-Unis (1936-1939). En 1940, de retour à Dawson, Émilie, âgée de 68 ans, épouse Louis Lagrois à Dawson. La messe est célébrée par le père Leray. Après son deuxième mariage, elle laisse son commerce et déménage dans la cabane de M. Lagrois à Grand Forks, au Yukon. En août 1946, elle se rend à San Francisco pour participer au congrès annuel des anciens pionniers du Yukon. Elle a passé les dernières années de sa vie dans une maison de retraite à Victoria, en Colombie-Britannique. Émilie Tremblay est décédée le 22 avril 1949 à l'âge de 77 ans.
L'école de langue française de Whitehorse a été nommée en l'honneur de cette pionnière. Une vidéocassette relatant les grands moments de la vie d'Émilie Tremblay a d'ailleurs été produite avec la participation des élèves de cette école (M. BOBILLIER, Une pionnière du Yukon; AFY, Entrevue avec Émilie Tremblay, Chicoutimi, Québec, avril 1937, p. 8; C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 90.).
Pierre Nolasque Tremblay
Pierre Nolasque Tremblay
The Grand Old Man of the Yukon
TREMBLAY, Pierre Nolasque--Il est né en 1860 à Sainte-Anne de Chicoutimi, au Québec. Il n'aime pas le travail agricole, alors il quitte sa ville natale à 21 ans pour chercher fortune. D'une tentative à une autre, il finit par atteindre le Yukon en 1886. Il trouve de riches filons d'or dans le ruisseau Miller, un affluent de la rivière Sixtymile (C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 78.).
En 1893, il se rend aux États-Unis pour revoir sa famille et pour organiser la poursuite de ses travaux de prospection. C'est lors de ce voyage qu'il épouse Émilie Fortin (Tremblay). Le couple passe l'hiver de 1894-1895 au Yukon. En 1898, après un séjour de trois ans au Québec et aux États-Unis, les Tremblay reviennent en pleine ruée vers l'or. Il est trop tard pour obtenir des concessions sur les ruisseaux les plus riches. Jack (on le surnomme ainsi dans le Klondike puisque les anglophones ont de la difficulté à prononcer son nom) travaille donc pour d'autres, surtout sur les ruisseaux Eldorado et Bonanza. Il devient contremaître sur la riche concession n° 17 de l'Eldorado, puis propriétaire du n° 14 sur le Bonanza. Il fait de la prospection et de l'exploitation minière jusqu'en 1913.
M. Tremblay passe ensuite des années tranquilles à Dawson où sa femme tient un magasin. Il s'éteint à Dawson le 16 juillet 1935 à l'âge de 75 ans. Les journaux de l'époque font son éloge en l'appelant « The Grand Old Man of the Yukon ». Il était, à sa mort, le plus ancien résident de la région de Dawson, reconnu pour ses grandes qualités humaines. Il a en effet souvent été considéré comme un héros à cause de son courage et de sa charité peu commune (M. BOBILLIER. Une pionnière du Yukon., p. 70; C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p.87.).
Jean Ladue (Ledoux)
Jean Ladue (Ledoux)
Le doux rêve du prospecteur devient réalité : portrait du fondateur de Dawson City
LADUE (LEDOUX), Joseph-- Il est né en 1855 à Schuyler Falls, près de Plattsburg, dans l'État de New York où il a passé une partie de sa vie. Toutefois, sa famille est de souche canadienne-française et les mémoires de François-Xavier Mercier confirment que Joseph Ladue était bel et bien francophone (F. GUAY. « Joseph Ladue, fondateur de la ville de Dawson », L'Aurore boréale (Whitehorse), 18 mars 1988, p. 10.; F. X. MERCIER. Recollection of the Youkon, p. 32.).
En 1874, Ladue part vers l'Ouest à la recherche de la fortune. Huit ans plus tard, il travaille en Alaska, à la mine Treadwell. En 1882, il tente sa chance au Yukon. Il a été parmi les premiers à traverser le col Chilkoot pour ensuite se rendre à Fort Reliance, où Jack McQuesten et Arthur Harper tenaient un comptoir commercial (P. BERTON. Klondike, p. 33.). Ladue deviendra leur associé (C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 49.). Pendant l'hiver de 1882-1883, il expérimente, avec ses partenaires, une nouvelle technique minière qui deviendra très populaire chez les mineurs de la région. Il s'agit de faire des feux pour dégeler le sol. Le gravier aurifère peut ainsi être empilé, prêt pour le nettoyage au printemps (K. S. COATES et W. R. MORRISON. Land of the Midnight Sun, p. 50.).
Pendant l'été de 1894, Jos Ladue et son associé Arthur Harper établissent un comptoir commercial sur une grande île du fleuve Yukon près de l'embouchure de la rivière Sixtymile. Ils nomment l'endroit Ogilvie, en l'honneur de l'arpenteur William Ogilvie (MAYO HISTORICAL SOCIETY. Gold and Galena, p. 384.). Jusqu'en 1895, Ladue occupe divers emplois : prospecteur, fermier et commerçant. Pendant l'hiver de cette année-là, il fait un voyage à New York. À son retour, il entend parler des découvertes d'or de George Carmack, Skookum Jim et Tagish (Dawson) Charlie. Convaincu depuis longtemps de la valeur du district du Klondike pour la prospection, il voit vite les possibilités de développement. Il s'empresse d'acheter 160 acres de terrain à 10 $ l'acre, au confluent de la rivière Klondike et du fleuve Yukon - site actuel de la ville de Dawson (K. S. COATES et W. R. MORRISON, Land of the Midnight Sun, p. 85; C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 49.). L'arpenteur William Ogilvie écrit dans un rapport à ses supérieurs : « Toutes les rues [de Dawson] parallèles aux rivières ont 66 pieds et sont perpendiculaires à celles de 50 pieds que Ladue avait déjà aménagées. » (N. BOLOTIN, Klondike Lost, p. 16.).
Dès le 1er septembre 1896, Ladue déménage sa scierie, jusqu'alors installée à Sixtymile. Cette scierie va être en marche jour et nuit et ce, pendant deux ans. Il construit aussi un magasin, premier édifice de Dawson, ainsi que le premier saloon de la ville, le Pioneer (A. A. WRIGHT. Prelude to Bonanza, p. 285.). Grâce aux revenus provenant de ses entreprises et de la vente de ses terrains (ceux de la rue au bord de l'eau coûtent jusqu'à 5 000 $ chacun), il devient millionnaire en moins de deux ans (R. COUTTS. Yukon Places and Names, p. 152; C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 98.). En 1897, Ladue et Arthur Harper nomment officiellement la ville en l'honneur de George Mercer Dawson, responsable de la mission géologique de 1887 au Yukon (A. A. WRIGHT. Prelude to Bonanza., p. 285.).
Le 14 juillet 1897, Ladue est à bord du bateau à vapeur Excelsior, qui arrive à San Francisco, attendu par une horde de journalistes et une foule de curieux. De tous les nouveaux riches, Ladue est celui qui a été accueilli avec le plus de frénésie puisque les journaux l'appelaient le maire de Dawson. Il doit se cacher pour échapper aux admirateurs et chercheurs de fortune qui le poursuivent et l'assaillent de questions. Lincoln Steffens, journaliste écrit alors à son sujet: « Je n'ai jamais vu un homme ayant l'air aussi épuisé » (He's the weariest looking man I ever saw.) (P. BERTON. Klondike, p. 100-101.).
En décembre 1897, il accomplit enfin son rêve : il obtient finalement la main d'Anna Mason, fille de parents fortunés, qu'il convoitait depuis toujours. En 1899, quand Willis Lamay, un ami de Ladue, devient veuf, le couple Ladue adopte son fils Francis (AFY, S. SAITO, Notes de recherche, [« Chronologie de Joseph Ladue »], [Dawson, Yukon, 1996], Manuscrit dactylographié (6 p.).). L'entreprise Ladue Gold Mining & Development Co., fondée à New York par Ladue, est prospère (AFY, S. SAITO, Notes de recherche, [« Chronologie de Joseph Ladue »]). Ladue vaut à l'époque cinq millions de dollars; on l'appelle le « Barney Barnato du Klondike » (P. BERTON, Klondike, p. 101.). Il achète une ferme, une maison, un boghei de luxe, un piano à queue pour sa femme et, à Noël, Ladue permet aux pauvres de festoyer.
Cependant, les conditions de vie difficiles du Nord ont nuit à sa santé. En 1900, son médecin lui recommande de se rendre à Colorado Springs dans l'espoir de ralentir la progression de la tuberculose dont il est atteint. Il est déjà trop tard, Ladue meurt le 27 juin 1901 à l'âge de 47 ans à Schuyler Falls, New York. Il lègue tous ses biens à son fils adoptif et à sa femme. Mme Anna Ladue Tyler est décédée en 1948 (A. INNES TAYLOR, « Joseph Ladue », The Early History of Forty Mile and the Yukon, Whitehorse, [s. n.], p. 3. (Archives du Yukon, PAM ND-150). Les descendants des Ladue vivent encore aujourd'hui dans l'État de New York (Musée de Dawson, People Card Index, J. F. Ladue.). Une rivière de la région de Keno, au Yukon, a été nommée en l'honneur de ce pionnier du Nord. Elle est connue sous le nom de Keno Ladue pour éviter la confusion avec la rivière et le ruisseau Ladue, dans la région de Sixtymile (R. COUTTS, Yukon Places and Names, p. 145.)
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